


Les dictateurs nigérians et les militants pour la démocratie,les superhéros à la Lara Croft et les rois et guerriers des légendes nigérianes commencent à se réincarner dans la bande dessinée. De Secrets of Allen Avenue [Secrets d’Allen Avenue], où des prostitués hommes rôdent près du bar L’Orchidée du péché, à June 12, un roman graphique sur l’annulation de la présidentielle remportée par Moshood Abiola en 1993, des bandes dessinées d’un nouveau genre donnent aux jeunes lecteurs nigérians un aperçu de ce qu’est leur pays et de ce qu’il pourrait devenir. Leurs auteurs, aiguillonnés entre autres par le succès de grosses machines hollywoodiennes comme Batman, Superman, Sin City et Stardust, qui ont leurs origines dans la BD, entendent immortaliser les héros du Nigeria dans leurs oeuvres. On a pu voir leur travail lors du troisième Comics and Cartoons Carnival, un festival de bande dessinée et de dessin animé qui s’est tenu en novembre 2007 à Lagos [la capitale économique du Nigeria], où des écoliers ont pu s’initier à cet art et où de jeunes maîtres ont exposé leurs oeuvres. “Nous voulons amorcer quelque chose ici”, explique Sewedo Nupowaku, 30 ans, un artiste de Lagos qui a abandonné ses études de droit pour se consacrer à l’animation et à la bande dessinée. “Il y a des tas de gamins qui sont accros à MTV et qui ne connaissent rien à culture. Où sont nos héros à nous ?” Nupowaku a conçu une série de BD dans l’espoir d’inculquer des notions d’histoire à une jeunesse téléphage. The Legend of Moremi [La Légende de Moremi], par exemple, raconte l’histoire des premiers habitants d’Ilé-Ifé [dans le sud-ouest du Nigeria], ville réputée la plus ancienne du peuple yoruba. Le livre dépeint un monde fabuleux peuplé de démons de la forêt et de femmes qui racontent
des histoires de bravoure et de conquête. Dans Secrets of Allen Avenue, Nupowaku aborde le Lagos d’aujourd’hui, en s’inspirant d’une rue d’Ikeja, l’un des quartiers résidentiels de la métropole. Allen Avenue abrite Linus, le trafiquant d’armes, et toute une série de personnages peu recommandables qui gravitent autour de L’Orchidée du péché, un bar louche où les filles s’emploient à satisfaire “pleinement” les clients.

“Avant, cela s’appelait Cocaïne Avenue, confie Nupowaku. Le bon, la brute et le truand, des gros bonnets,
des banques ; l’idée est de montrer comment tous ces aspects de la vie nigériane s’entremêlent.” Le résultat est un univers que Nupowaku qualifie de “tarantinesque”, en référence à Quentin Tarantino, le célèbre réalisateur de
Pulp Fiction, Reservoir Dogs et Kill Bill. Les BD présentées au festival de Lagos abordent tous les genres, de la fantasy futuriste aux questions d’ethnie et d’identité. Elles ont pour la plupart un style enlevé qui cible le public
des 10-25 ans. A quoi ressemblera le Nigeria en 2145 ? ACE Comics, l’éditeur de Nupowaku, hasarde
une hypothèse dans Naija Hardkore en dépeignant un monde totalitaire mais harmonieux où les Molue, les
gros bus jaunes de Lagos, sont devenus des engins volants propulsés par réaction mais où les policiers acceptent
toujours les pots-de-vin.Dans d’autres histoires, les personnages sont sauvés de situations désespérées mais souvent réalistes par l’intervention de puissances surhumaines. L’éditeur Pandora Comics a publié deux BD de ce genre. Dans l’une, Aisha, une orpheline, est vendeuse d’ordinateurs le jour, mais se transforme la nuit en une Lara Croft nigériane – une guerrière intrépide qui parcourt les rues avec son costume de latex laissant son nombril à l’air, le visage masqué et un pistolet à la main. Dans SIEGE, la fille du commissaire de police Chiduem
Okoro est kidnappée par un gang armé à Port Harcourt [grande ville du delta du Niger], puis sauvée par un héros volant. Cela ressemble peut-être aux Tortues Ninja, mais ce n’est pas que de la fiction : les enlèvements dans la région de Port Harcourt, riche port pétrolier du pays, font les gros titres un jour sur deux.
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